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L’innovation Jugaad ou comment se renouveler 10/08/2014

Posted by evidencesx in économie, innovation, management, stratégie.
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En soi, c’est une vraie révolution. L’ironie du sort, c’est qu’elle vient d’un monde où les ressources sont rares, l’adversité terrible et les moyens inexistants. L’innovation monolithique, consommatrice de capital et encastrée dans des structures pyramidales et secrètes, pourrait bien se révéler désormais terminée ou en voie d’extinction. « Jugaad« , qui signifie « système D » ou « comment se débrouiller en milieu hostile » ou encore « faire plus avec moins », en dialecte Hindi, reflète une nouvelle idée de l’innovation simple, flexible et ouverte. Une capacité de redevenir ingénieux, pleine de bon sens et combatif à souhait, pour redonner de l’espoir aux plus démunis, mais aussi de créer un courant sans précédent de ré-ingénierie partagée.
L’innovation Jugaad est définie par 6 principes la caractérisant (sachant que nous aimons bien enfermer des concepts dans des cadres définis !) ; je préfèrerais laisser libre court pour ce nouveau courant qui pourrait bien s’affiner au cours du temps et profiter des tendances collaboratives pour s’enrichir…:

  • Rechercher des opportunités dans l’adversité : la plupart du temps, n’importe quelle difficulté suffit pour une entreprise à soit la contourner, soit renoncer au détriment de sentiments sécuritaires, de notions d’économie ou de peur. Rarement on avoue un échec ou on tente de se surpasser, préférant les zones de confort…C’est justement la force du Jugaad, de prendre appel sur une difficulté pour en tirer toute l’énergie, avec fierté, défi, passion pour surmonter l’obstacle. Apprendre à cotoyer l’adversité, sans arrêt, comme un ami, un conseiller, une énergie de vie.
  • Faire plus avec moins : il va falloir s’habituer à moins : moins de ressources naturelles, moins de croissance, moins d’emploi, moins de temps. Il faut repousser le possible en réinventant les choses simples. Un exemple terrifiant est le recyclage possible des emballages et déchets, même sans les détruire, en les détournant de leur utilisation pour leur redonner une seconde vie. Lorsqu’on est rompu à la présence quotidienne de l’adversité, on s’habitue à imaginer de l’innovation permanente, avec rien. En tous cas, comme dit précédemment, puisque les pénuries vont s’accélérer, le réflexe Jugaad va être déterminant…
  • Penser et agir de manière flexible : les grands groupes, largement fournisseurs et prétendant de structures d’innovation performante sont englués dans des process toujours plus lourds. Elle ont le chic de rendre compliqué ce qui pourrait être simple, ouvert et plus souple. Les cycles s’allongent, dépenses en capital et ressources flambent et l’innovation n’est pas fluide car limitée à des structure occultes, en parallèle, qui gardent jalousement les résultats (lorsqu’il y en a !) pour eux. Un contre-cycle de l’innovation collaborative qui règne aujourd’hui sur les réseaux sociaux, comme une révolte à ces réflexes d’antan, qui hélas ne sont plus pertinents, ni efficaces. Avec le Jugaad, l’action est confondue avec la pensée ou en tous cas, proche. Le processus est naturel et évolue en permanence au fur et à mesure des opportunités.
jugaad(c) morceau de couverture issue du livre « Jugaad, redevenons Ingénieux » aux éditions Diateino.
  • Viser la simplicité : toujours plus simple, sans jamais oublier « keep it shortly simple ». Faire simple, c’est souvent compliqué, car la manière même d’y arriver demande de décomposer ce que l’on a déjà créé. Or, lorsqu’on part de peu ou de rien, on initie une démarche pure en se concentrant sur l’exact besoin et non plus, sur l’objectif pur, de résoudre un problème simple. Comme si on voulait toujours embrasser des objectifs toujours plus globaux et plus complexes, sans passer par l’étape initiale : la simple et primaire réponse.
  • Intégrer les marges et les exclus : l’innovation a pour cible les masses et le « mass market », tout simplement pour amortir les ressources colossales investies dans les cycles de l’innovation. Elle a rarement pour client le démuni, le pauvre et celui pour lequel justement une simple innovation pourrait changer sa vie…Les démarches de « bottom of the pyramid » ou BOP, montraient des chemins intéressants pour les industriels, tout en montrant également l’usurpation et l’exploitation des pauvres, en leur appliquant la double peine : pénurie et prix élevé à l’unité. Pour Jugaad, c’est très différent car il est issu même des populations en plein développement, qui ont peu et qui justement sont confrontés à un désert d’aides et de solutions. L’ABC des exclus est en marche, pour et par les exclus, juste revers de médaille, pour ceux qui pourraient bien constituer les prochains cas d’étude, des meilleures business schools…
  • Suivre son coeur : sans doute la notion que je préfère, celle d’aller chercher ses intuitions, bâtir avec ses sens et son coeur, au gré des aléas, des expériences et d’un process « lean ». Suivre ses intuitions n’était-ce pas la méthode « Jobs », pour le succès que l’on connaît, sans avoir jamais demandé son avis à aucun client. Faire le bien, répandre le « no evil » de Google pour tous. Faire le bien avec moins, pour chaque individu pour améliorer simplement son quotidien. Cette simple quête conduit à des empires dont on peut être fier, durables et socialement responsables. Le coeur a ses raisons…car il a raison dans le chemin qu’il nous fait prendre.

Une vraie révolution, en introduction je vous l’avais dit. j’en suis convaincu, au delà d’une mode et de la tentation du faux (jugaadwashing) qui va s’emparer des groupes bienveillants, tantôt pour occuper leurs troupes, tantôt pour essayer quelque chose de nouveau…Mais le temps passe et chaque jour voit un innovateur nouveau autour de nous. Peut-être votre voisin, votre collègue. Un rencontre de voyage. Quelqu’un de bien, c’est sur. Travaillons pour le futur en respectant ce que nous avons.

Soyons frugal avec Jugaad, il en va de notre avenir…à tous.

See: « Jugaad Innovation ». « Passion with no, limit » et le livre majeur sur le sujet aux éditions Diateino.

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Entreprise et Pauvreté 02/10/2010

Posted by evidencesx in développement durable, innovation.
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Voilà bien deux choses qu’il faudrait réconcilier. Si l’une est bien souvent synonyme de richesse (mal ou non partagée), l’autre est une réalité de nos frontières (d’ailleurs parfois pas très loin dans notre pays…). Si de nombreuses initiatives ont désormais vu le jour, il y a malheureusement encore de l’habillage (on pourrait dire du « poorwashing » comme pour le green) et il ne s’agit pas simplement de faire un chèque pour dormir tranquille. Je me suis rendu à une conférence organisée par HEC Exed, ce mardi 28 septembre, pour découvrir quelques notions à bien avoir en tête avant de vouloir s’ériger en chevalier blanc moderne de la sagesse équitable. Deux intervenants bien choisis, Frédéric Dalsace, professeur à HEC et David Menascé consultant chez First&42nd. Mais voyons plutôt, de quoi parle t-on ?

Confrontées aux limites de l’action des pouvoirs spirituels et politiques, les entreprises doivent jouer un rôle croissant dans la lutte contre la pauvreté. Pourtant, l’idéal Schumpetérien de la création de richesses et la vision libérale initiale d’un partage équilibré de celles-ci ont fait progressivement place au désenchantement, puis à la crise. Pour beaucoup, l’entreprise est désormais une machine à provoquer l’exclusion et la pauvreté au profit de quelques-uns. Démissions ? Démissions des religions, qui certes multiplient les tentatives de regroupement de la solidarité, mais peinent à maintenir la fidélité dans le culte et dans la croyance. Démissions du pouvoir politique, tentatives d’état sauveur et alimentant (entretenant ?) finalement la pauvreté par des subventions masquent le manque de croissance et de richesse pour tous. Démission du pouvoir économique, l’entreprise ne jouant pas son rôle social d’antan, au profit…du profit, du capital vs le travail, imbriqués dans des révolutions industrielles et technologiques qui génèrent plus de chômage et d’exclusion à court terme, que d’opportunités…

Le pauvre, synonyme parfois de « faible » et en tous cas d’un revenu insuffisant (définition UE = la moitié du revenu median) ; il y en a environ 40 millions aux USA et…8 en France. De quoi se poser la question (rappelons-nous : vendre aux riches parce qu’ils sont riches et aux pauvres parce qu’ils sont nombreux). Loin des éternelles théories où deux idées s’opposent :

– acheter aux pauvres le fruit de leur travail les enrichit ; encore faut-il acheter « solidaire » à un prix leur permettant de vivre

– ou vendre aux pauvres selon leurs ressources, cad les fameuses stratégies de « Bottom of the Pyramid », en adaptant le produit à la demande et aux vrais besoins/ressources et aspirations des pauvres

qui démontrent la relation entre « entreprises » et « pauvres »…La seule alors que la réalité nécessaire est toute autre : il s’agit bien d’utiliser l’organe économique et social dans la construction, le développement et « l’insertion » des pauvres. Le rôle social dans la cité des entreprises de toute taille. Alors où en est-on? S’agit-il, pour se donner « bonne conscience » d’embaucher des gens des banlieues, mais de les laisser sans réelle opportunité de carrière, s’agit-il d’embaucher plus de femmes ou de personnes d’origine étrangère, car cela fait « bien » (et bien entendu de communiquer dessus), s’agit-il de consommer en local, régional, sorte de protectionnisme réducteur?

Oui l’entreprise a une responsabilité sociale très importante : l’insertion, le repérage, l’épanouissement et le fait de faire grandir les gens…semblent bien plus importants que les exploiter, en faire des machines à productivité dont on se séparera à la moindre secousse. Si les entreprises prennent l’habitude de se soucier de leurs employés et de les accompagner, ils seront les premiers ambassadeurs de leur métier, de leur marque et seront fiers. Des éléments bien plus efficaces que la terreur et la pression des objectifs et des actionnaires. Même si certains modèles plus « dictatoriaux » (Chine, Russie) montrent des résultats économiques impressionnants, le réel indice de « développement humain » (celui qui devrait remplacer le PIB par exemple…) n’existe pas encore : comment apprécier les résultats économiques et financiers sur les employés et leur développement ? Il revient à chaque entreprise de bâtir des plans de développement, permettant de mesurer, suivre et faire des plans d’action, conduisant à faire reculer l’exclusion, la pauvreté et la rupture. Un travail, durable, épanouissant, voilà ce qu’une société (je parle aussi bien du cadre législatif que de l’entité économique) devrait offrir à tout le monde. Le temps où l’on chantait « le travail c’est la santé » me semble extrêmement loin et déconnecté de notre réalité actuelle. Pourtant des idées un peu anciennes mais pas désuètes dans leur esprit, ont été détournées…restaurons des organes sociaux, des familistères de soutien et d’entraide…Voilà ce que les fruits de l’appareil de production devraient en premier permettre de financer.

Une conférence bien utile qui nous rappelle qu’après une histoire sociale mouvementée par le pouvoir religieux, politique et économique, la conscience collective et collaborative menée par le web social semble un tremplin extrêmement dynamique pour prôner et ouvrir de nombreux débats qu’ils serait bon d’écouter. Le coopératif (agriculture raisonnée et locale, les coop, les systèmes d’échanges locaux…) constitue de nouvelles (anciennes) pistes, qu’il convient de réactiver. Tous les acteurs locaux et économiques doivent y participer car il y a des mannes à re-découvrir dans l’innovation et la débrouillardise locales. Et pourquoi l’entreprise ne serait-elle pas organisatrice des ces processus de partage et de réduction de l’exclusion. Suivons l’actualité de ces sujets à travers la chaire entreprise et pauvreté, fondée par HEC, il y a presque maintenant 2 ans…

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Stratégies « Base of the Pyramid » : les succès se méritent… 09/11/2009

Posted by evidencesx in économie, business development, développement commercial, management, stratégie.
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Un certain nombre d’entreprises se demandent encore comment élargir leur cible, notamment lorsqu’elles ont épuisé leurs ressources traditionnelles sur les cibles classiques. Comment vendre à ceux qui n’ont pas d’argent ? y’a t-il des marchés potentiels ? comment les adresser et quels produits leur proposer ?
Si les questions sont simples, les réponses sont diverses et floues, malgré un certain nombre de tentatives, plus ou moins réussies. Un article récent de la célèbre revue du MIT « MIT Sloan management review« , débat de différentes tentatives et des succès plus ou moins relatifs, sur ces populations. Rappelons-nous d’abord quelques règles élémentaires, relatives à ces approches :

  • s’il s’agit bien de « social » dans le sens où il s’agit d’adapter son offre produit/service à une cible plus pauvre, il ne s’agit pas d’humanitaire : ce sont donc des business lucratifs sur le long terme où un marché concret se développe
  • il s’agit plus d’une accoutumance longue au mode de vie de ces populations, que la fourniture d’un produit ou d’un service en fait : comprendre les besoins de l’intérieur et surtout convaincre ces cibles du bonheur de changer, est la clef sur le long terme de l’adoption de nouveaux produits (qui par ailleurs ne manquaient pas avant) ; peut être là, le marketing créé le besoin…encore faut-il expliquer pourquoi ce besoin peut-il être satisfait de cette façon et quels sont les avantages le consommateur en tire t-il par rapport à son expérience où il s’en passait…
  • du business, mais de la patience, de la compréhension et de la pédagogie plus que de la vente…
  • la nécessité de sensibiliser ces populations au fait que payer est nécessaire à tout le monde, y compris pour quelque chose d’équivalent, gratuit avant : nous parlons aussi de progrès…
  • pas de certitude et surtout de l’humilité : beaucoup de produits ont été des échecs, même si apparemment ils étaient « nécessaires », leur pertinence n’a pas été perçue et surtout reconnue
  • plutôt que de viser une utilisation d’un produit, proposer une gamme permet d’amortir les coûts fixes de distribution, avec une plus grande chance de trouver un usage qui matche avec un besoin reconnu ; de la même façon, un produit peut être acheté, non pas pour son besoin initial souhaité, mais pour un usage détourné, et constituer tout de même un succès…

 

BoP

 

Ainsi, ces stratégies, permettent d’adapter les produits, aux cibles et au panier moyen des consommateurs. Les packaging se font plus petits et correspondent à un usage unique et immédiat (lessive, savon, chewing-gum…), moyennant la somme disponible au moment du besoin et sans emprunt. Je prends souvent un exemple complètement invisible et organisé par ces populations : la cigarette. Les fumeurs dans ces régions, ne peuvent supporter le coût d’un paquet entier et achètent celles-ci à l’unité, au moment où s’exprime le besoin de fumer ; nous avons ainsi, organisé sur ce marché :

– du micro-crédit communautaire : celui qui achète le paquet entier, qui avance l’argent
– les consommateurs qui achètent juste leur « dose », à l’unité
– enfin le vendeur, qui n’effectue aucun bénéfice, jouant juste son rôle de  1) distributeur de proximité  2) marketeur BOP (il adapte son offre au besoin : l’unité)  3) facilitateur : il anime la communauté

Eh oui, vous ne regarderez plus ce petit commerce comme avant…

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Social et Business : une réalité proche ? 06/05/2009

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logo_social_business_conference Les 5 et 6 Mai, s’est tenue sur le campus de la célèbre business school HEC, à Jouy, une conférence sur les projets de développements sociaux, économiques et énergétiques de notre monde moderne. Une Conférence extrêmement pertinente sur le sujet, « social business conference », permettant de reprendre tous les enjeux en ressources de la planète autour de  plusieurs thèmes (Ressources, Réduction pauvreté, drivers du changement et divers), qui accompagnent tous les stades du développement social, auprès de ce que l’on appelle souvent le « bas de la pyramide » (BOP), les milieux les plus pauvres et défavorisés.

Plus d’infos sur cette 6ème édition sur : http://www.socialbusinessconference.org

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