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La drôle de transformation… 30/04/2019

Posted by evidencesx in économie, business development, innovation, management, stratégie, transformation, Uncategorized.
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Aujourd’hui tout est transformation. Un vrai objectif plus qu’un moyen d’innover. Toujours plus, sous pression, pour ressembler, copier ou tout simplement continuer d’exister. Les mots et concepts sont à la mode et emploient nombre d’entreprises avides et de conseils pas toujours bien avisés. On génère du business, du changement et de fausses promesses du grand soir. Quelles sont réellement les aspirations sous-jacentes d’une telle agitation ? Mode, nécessité ou miroir aux alouettes ?

La Transformation du tout

Alors on ne parle que de ça, comme un totem moderne, la nouvelle patte de lapin ou le grigri qui sauve. Pour aller mieux, on transforme. Qui, quoi, pourquoi, ça c’est une autre histoire. On réinvente le bouc émissaire, cher à René Girard, pour tout changer tout doit changer. Trouver des causes, trouver des coupables : changements d’équipes, d’organisations, d’outils, on investit dans de nouveaux gadgets. La mise à mort créé la société. Bref, un bon changement (presque) mieux qu’une bonne guerre. Vous connaissez bien entendu le célèbre cartoon concernant le changement…

qui-veut-que-ca-change

En effet, il est tellement plus facile de transformer, en imputant le non fonctionnement à « avant » ou à « d’autres », sans vraiment toutefois comprendre ce qu’il faut changer, pourquoi, etc. Gommer son histoire, gommer son passé, croire à un nouveau départ, c’est louable, encore faut-il comprendre pourquoi on en est là. Tirer des conclusions, analyser et parier sur l’avenir. Mais comme dit l’adage, « on sait ce qu’on a, on ne sait pas ce qu’on aura… ». Et il y a désormais une bande d’usurpateurs du changement, qui vous mettent en tête que changer c’est être bien vivant, en copiant le lean management, les startups, la flexible attitude, etc. Se multiplient donc les cabinet spécialisés en transformation, et on ajoute « digitale » parce que ça fait mieux. Le digital n’étant qu’un outil, qui s’il est mal utilisé, ne produit rien voire, l’inverse des résultats escomptés, en coûtant beaucoup d’argent…un peu comme se soigner avec un mauvais médicament.

Pour savoir où on va, il faut savoir d’où on vient…

Je crois que cette euphorie aurait probablement plusieurs causes :

  • une certaine envie de nouveauté, comme un pansement sur une jambe de bois, où on invente de nouveaux besoins…changement pour changement. Comme on sacrifie une équipe, une idée, on jette ce qui ne fonctionne pas sans vraiment comprendre ce qui ne fonctionne pas. Un nouveau moyen soignera sans doute la cause.
  • une paresse à poser les bonnes questions, où réparer coûte plus cher que changer. Le syndrome de la consommation effrénée, le renouvellement permanent. Courir après demain, sans comprendre aujourd’hui.
  • une sampiternelle course aux nouveaux besoins, sans réel besoin. Vouloir sans savoir.
  • le digital ouvre tellement de perspectives, qu’on va en faire des storytellings à toutes les sauces, même là où on n’en a pas besoin.
  • le syndrome totalitaire : qui n’a pas eu entre ses mains un objet dont nous utilisons seulement 20% des capacités ? Mais savoir qu’on peut tout, rassure et donne un sentiment de puissance. On a bâtit ainsi des logiciels, processus, organisations…sous utilisées, qui sont ensuite jetés ou déconstruits sans usage réel. On provoque l’obsolescence sans en cerner l’usage ni les capacités. Ainsi va le gâchis.
  • le zapping du plus vite, sans doute même sans aimer la vitesse, mais pour rester le premier (en quoi ?), rester devant, avoir ce sentiment d’élite en accélérant sans être jamais dépassé. La même ineptie que la vitesse au volant pour grise notre ego.

Il s’agirait de grandir

Les analyses bien menées sont parfois longues mais terriblement emplies de sagesse et d’enseignement. Si nous n’avons plus la patience de chercher à comprendre, parce que c’est trop compliqué, c’est plutôt navrant. L’effort consenti en vaut largement la chandelle (laquelle éclairera toujours mieux que de foncer dans l’inconnu sous prétexte de transformation). L’inertie au changement est grande certes et la transformation n’est pas pour tout le monde et tout le temps. Un temps pour tout. Or aujourd’hui, transformer c’est le placebo miracle pour tout car il crée l’illusion du tout nouveau en effaçant les réalités qui dérangent. En effaçant sans résoudre dans le fond, les problèmes. Des outils qui changeraient les mentalités ? Les comportements ? Les objectifs ? Une forme de poudre de perlimpinpin, opium du peuple, mais véritable écran aux réalités qui dérangent. Les nouveaux jouets des classes dirigeantes, permettant de promettre sous des noms pompeux du marketing moderne, le changement le vrai, aux actionnaires impatients.

A la fin de la pièce de théâtre, les masques tombent et les résultats aussi. A t-on pris le pouls des organisations pour vérifier le mieux ? Rarement. Le changement c’est maintenant et tout le temps, pour permettre de battre le temps qui passe. Une forme de fuite en avant où « l’herbe est toujours plus verte ». Désirer ce que l’on a pas pour mieux ne pas en profiter lorsqu’on l’a. Le consumérisme à tout va, pour posséder sans comprendre.

digitaltransformation

Alors les transformations à tout va, c’est bien simple : plus il y en a, plus ça occupe et plus ça sème le trouble et la confusion. Une autre manière de fuir la réalité qu’on veut plus voir, de ne pas régler les vrais problèmes. L’industrie du spectacle digital a encore des beaux jours devant elle, les Vivatech mondiaux peuvent continuer d’endormir les gens (vous imaginez retenir quelque chose lorsqu’il y a 2.000 startups en présence vous ?). A force de transformer, on revient au même point de départ, moins riche et encore plus embrouillé. La transformation digitale serait donc le nouvel opium de l’économie, faisant rêver les cohortes de startups rêvant de licorne et les grandes entreprises s’achetant une conscience de pseudo innovation.

Si le trip est bon, la descente risque d’être douloureuse…

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